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Biolabos : les affirmations de Tulsi Gabbard réfutées

Tulsi Gabbard a déclassifié des informations sur 120 biolabos financés par les USA dans 30 pays avant son départ de la DNI. Qu'en est-il réellement ?

Publié le 14/06/2026

Il reste 18 jours à Tulsi Gabbard en tant que directrice du renseignement national (DNI). Le 12 juin, elle a profité de l’une de ces journées pour publier une vidéo affirmant que le gouvernement américain finançait secrètement plus de 120 laboratoires biologiques dans plus de 30 pays — et que cette information avait été « sciemment cachée » au public américain depuis des années.

En moins de 24 heures, les journalistes qui ont épluché les documents d’origine ont découvert que la pièce maîtresse des preuves présentées était une fiche d’information du Pentagone décrivant un programme de coopération en matière de biosécurité public depuis 2005.

Ce qu’a dit concrètement Gabbard

Dans une déclaration vidéo publiée sur les canaux officiels de l’ODNI, Gabbard a affirmé : « Après des mois de recherches dans les dossiers et les bases de données de la communauté du renseignement, je publie aujourd’hui de nouvelles preuves du financement de longue date par le gouvernement américain de plus de 120 laboratoires biologiques dans plus de 30 pays. » Elle a spécifiquement désigné l’Ukraine, affirmant que les laboratoires sur place « pourraient être menacés en raison de la guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine » et que la communauté du renseignement avait « précédemment averti qu’un laboratoire financé par les États-Unis en Ukraine abritait probablement des agents pathogènes dangereux et restait exposé à des menaces constantes d’attaque, de saisie ou de destruction par la Russie ».

Elle a présenté cette publication comme liée à un décret signé par Trump le 25 mai 2025 mettant fin au financement fédéral des recherches sur le gain de fonction — des travaux qui consistent à accroître délibérément la transmissibilité ou la dangerosité des agents pathogènes pour mieux les étudier. Gabbard a indiqué que l’ODNI avait depuis émis de « nouvelles directives pour inciter la communauté du renseignement à accroître la collecte d’informations sur ces laboratoires et installations à l’étranger », ce qui aurait déjà permis de révéler des détails sur des essais cliniques dans certains établissements.

Elle a également affirmé que « les politiciens et les soi-disant professionnels de la santé comme le Dr Fauci, ainsi que des entités de l’équipe de sécurité nationale de l’administration Biden, ont menti à plusieurs reprises au peuple américain sur l’existence de ces laboratoires financés et soutenus par les États-Unis », ajoutant que quiconque avait tenté de dénoncer cette situation avait été menacé et qualifié d’« agent de l’étranger ou de traître à l’Amérique ».

Le communiqué de presse officiel de l’ODNI a repris des arguments presque identiques, qualifiant ce financement d’« intentionnellement dissimulé par des personnes très puissantes qui prétendaient faussement que ces laboratoires n’existaient pas ».

Ce que les journalistes ont découvert en vérifiant les sources

Le média European Pravda a examiné les documents joints et a constaté que la carte diffusée avec la déclaration de Gabbard comportait plusieurs erreurs géographiques, notamment sur la localisation de Kiev ou de sa région, et désignait un site sous le nom erroné de « Cherniv ». Plus important encore, la pièce maîtresse du dossier était une simple fiche d’information du Pentagone détaillant l’aide américaine apportée à des laboratoires, des centres vétérinaires et des instituts de diagnostic ukrainiens dans le cadre d’un programme de biosécurité — documenté publiquement depuis 2005. Cette fiche décrit l’objectif du programme comme le soutien à « la détection et au diagnostic sûrs des menaces biologiques ainsi qu’à la réduction des risques liés aux agents pathogènes », et non au développement d’armes biologiques.

D’après le média NOTUS, la présentation des laboratoires ukrainiens aidés par les États-Unis comme des centres secrets de fabrication d’armes biologiques est une thèse que Gabbard a déjà défendue par le passé — dès le début de l’invasion russe en 2022. Ce récit est par ailleurs largement relayé par la propagande d’État russe pour justifier le conflit, ainsi que par les milieux complotistes QAnon.

Ce n’est pas la première fois que le comportement de Gabbard à la tête du DNI suscite la réprobation au sein même de son ancienne famille politique. En juillet 2025, Sydney Kamlager-Dove, cadre du Caucus noir du Congrès (CBC), avait appelé à la démission de Gabbard après la diffusion par cette dernière de documents accusant l’administration Obama d’avoir « fabriqué et politisé » les preuves sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016 (ingérence pourtant validée par de multiples rapports du renseignement). Le courrier du CBC soulignait alors : « En tant que directrice du renseignement national, votre rôle est de protéger la vérité, pas de diffuser de la propagande ».

Le contexte de son départ

Sur la forme, le départ de Gabbard n’a aucun lien avec la polémique sur les biolaboratoires. Elle quitte ses fonctions pour se tenir au chevet de son mari, Abraham, atteint de ce qu’elle a décrit comme « une forme extrêmement rare de cancer des os ». Dans sa lettre de démission, prenant effet au 30 juin 2026, elle a remercié Trump pour « la confiance qu’il lui a accordée et l’opportunité de diriger le bureau du DNI durant cette année et demie ». Trump a réagi sur son réseau Truth Social en affirmant que Gabbard avait fait « un excellent travail ».

Trump a désigné Jay Clayton — ancien président de la Securities and Exchange Commission (SEC) et ancien dirigeant du cabinet d’avocats Sullivan & Cromwell — pour lui succéder. Clayton devra être confirmé par le Sénat.

Pourquoi le calendrier interpelle

Le fait qu’une déclassification d’une telle importance intervienne dans les 18 derniers jours du mandat d’une directrice sortante produit un effet mécanique précis : ces affirmations intègrent les archives officielles sous l’en-tête de l’État avant même que l’équipe suivante n’ait la possibilité de les analyser, de les contextualiser ou de les contredire. Que ce soit intentionnel ou non, c’est le résultat concret.

Sur le fond, le fait que plus de 120 laboratoires à travers 30 pays aient reçu une aide américaine n’est pas en soi une information confidentielle ou explosive. Les États-Unis soutiennent des programmes internationaux de surveillance des maladies et de biosécurité depuis deux décennies, et ces financements sont publics. Ce qui transforme ce dossier en « scoop » est l’angle d’attaque choisi : présenter cette aide comme secrète et dissimulée, et insinuer que ces laboratoires fabriquaient des armes biologiques alors que les documents officiels décrivent de simples travaux de veille sanitaire.

Ce sont deux récits bien distincts. L’ODNI a choisi d’en livrer un le 12 juin. Les documents officiels sur lesquels elle s’appuie semblent raconter le second.


Sources


À propos de l’auteur

Votre oncle de 41 ans qui lit des documents originaux de l’administration par plaisir, a des avis très tranchés sur les fiches du Pentagone de 2005 et mettra à coup sûr ce sujet sur la table lors du prochain repas de famille, que vous le vouliez ou non.

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